A propos de la discussion avec Ernesto.

Avant propos : oui c’est long, appelle les flics si tu rages.

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Bon, vu que tout le monde demande à comprendre cette histoire de discussion vidéo qui a été supprimée au bout de 12h et que moi aussi j’ai besoin d’extérioriser mon ressenti, je vais faire un récapitulatif de cette expérience pour passer à autre chose. Vous l’aurez compris je suis pas exactement satisfait de cette discussion avec Ernesto et je vais essayer d’expliquer pourquoi. Donc avant tout chose : c’est ma version des faits, j’explique pourquoi moi je l’ai mal vécu et Ernesto n’est pas d’accord avec moi. Je le laisse libre de réagir ou non pour s’exprimer là dessus et donner sa version, mais en ce qui me concerne voilà comment ça s’est passé :

Au départ c’est Ernesto qui a pris contact avec moi en réalisant une vidéo « youtube underground » pour présenter ma chaîne il y a quelques mois. J’avais beaucoup apprécié qu’il me porte de l’intérêt, surtout en d’aussi bons termes, du coup je me suis intéressé à ce qu’il faisait et j’avais beaucoup aimé sa démarche de dialogue, même si j’étais pas d’accord avec lui sur beaucoup de choses. Du coup quand il m’a proposé de discuter de l’UPR j’étais totalement partant parce que c’est un sujet qui me tient à cœur et porter cette discussion dans les débat Youtube me semblait positif.

Là où j’ai été déçu c’est qu’on n’avait visiblement pas du tout la même idée de ce que serait cette discussion : moi je m’attendais à ce qu’on échange nos points de vue et qu’on essaye aussi bien de nous trouver des accords et de dégager des points de réflexion mutuels. J’espérais qu’à la suite de cette discussion on serait plus proche en terme de compréhension et on puisse aller plus loin dans la discussion à différentes occasions, à l’évidence c’est pas ce qui en a résulté.

Peu avant le débat je l’avais contacté pour lui dire que j’étais anormalement nerveux à l’idée de cette discussion, lui m’a rassuré comme quoi ça allait être une simple discussion entre potes (ce que j’en attendais au départ) donc je lui ai fait confiance et je me suis dit que j’avais sans doute juste le trac parce que j’avais encore jamais fait de discussion comme ça. Mais rétrospectivement je réalise que j’avais déjà compris instinctivement (au travers de son discours dans ses autres vidéos) que ça allait pas bien se passer. On s’attendait tous les deux à ce qu’il y ait quelques frictions parce qu’on est deux têtes de mules, mais franchement c’était très loin de ce que j’imaginais. J’attendais au mieux qu’on arrive à discerner des points de désaccord et qu’on s’excite tous les deux sur ça, mais pas que dès le départ on se retrouve sur un champs de bataille idéologique.

Sans qu’on en ait vraiment convenu, moi j’avais dans l’idée que le thème de la discussion serait en gros : pourquoi est-ce que je soutiens l’UPR et pourquoi c’est pas son cas ? Une discussion amicale donc. Or dès le début de la discussion, il pose comme thème « je vais t’expliquer pourquoi le discours de l’UPR ne passe pas », du coup j’ai appris à ce moment là que j’étais en fait sur le banc des accusés et ça m’a pas mal pris de court. Rapidement il a employé d’un vocabulaire que j’ai trouvé très chargé de violence sémantique, qui démontrait assez clairement qu’il n’avait pas tant dans l’idée de discuter amicalement mais de m’expliquer que j’avais tort. Il me présente comme « adepte de l’UPR » ; constate une « détresse » de nos militants à dialoguer ; d’une absence de communication ; d’une isolation, on serait psychorigides, presque dogmatiques et totalement incapable de comprendre que notre point de vue n’est en rien plus pertinent qu’un autre. Il pose donc comme postulat de départ que la situation nous est imputable et qu’il va gracieusement nous expliquer pourquoi les gens comme lui refusent de nous répondre à cause de notre comportement. Moi j’étais tellement surpris par le ton de la discussion, radicalement différent de ce que j’en attendais, que j’ai même pas eu le réflexe de réagir à tout ça. En moins de 5 minutes je me retrouve dans un terrain miné : il a déjà empoisonné le puits en prenant comme point de départ un « constat » selon lequel on serait incapable de communiquer et complètement isolés dans notre idolâtrie. Il se pose d’entrée de jeu comme une figure paternelle qui vient nous secourir et non pas comme un égal avec qui il s’agirait de dialoguer, tout en reprochant aux militants UPR d’avoir précisément ce défaut : prétendre détenir la vérité.

Du coup, première connerie de ma part : il me demande « tu le constates aussi ? » et moi comme un con je répond « oui » et j’enchaîne sur les raisons pour lesquels il y a, effectivement, des difficultés de dialoguer avec certaines personnes. Mais c’est absolument pas ce que j’aurais du répondre, j’ai juste été assommé par le ton hyper accusateur que prenait la discussion d’entrée de jeu alors que moi j’avais absolument pas envie d’entrer dans le confrontation. Ce que j’aurais du répondre c’est que c’est faux, tout simplement : le discours passe très bien, bien mieux que celui de n’importe quel autre courant politique même. On approche de 16.000 adhérents sans aucune visibilité médiatique, ça fait de nous le 5eme parti de France alors même qu’il y a quoi ? 5% des électeurs qui nous connaissent ? Soyons fous : disons 20%, ça reste sans précédent dans l’histoire politique de France.

Donc non, on n’a aucun problème à communiquer notre message, là où ça passe mal c’est uniquement parmi une minorité de personnes : celles qui, comme je l’expliquais en réponse, sont déjà engagées (politiquement et affectivement) dans une autre courant politique ; et qui souvent (en tout cas je le pense) se ferment aux arguments de l’UPR par simple dissonance cognitive. Ça fait que peu importe le bien fondé des arguments qu’on présente (et Ernesto reconnaît lui-même qu’ils le sont), chacun campe toujours sur sa position. De ce point de vue, son postulat de départ (comme quoi c’est nous qui aurions du mal à dialoguer) est tout sauf évident. Il y a un dialogue qui se fait mal dans certains cas, ça on le constate, mais ce que j’attendais de cette discussion c’est qu’on essaye de voir à qui était imputable cette difficulté et dans quelle mesure. Ça ne m’aurait posé aucun problème qu’au terme de la discussion on convienne qu’il y ait des efforts à faire dans les deux camps pour arriver à se comprendre ; et même, pourquoi pas, un plus gros effort de la part de l’UPR. Or lui posait la réponse dès le début avant même de développer la question : c’était de notre faute à 100% si la communication ne passait pas, mais heureusement lui il savait pourquoi et comptait me l’expliquer. A partir de là est-ce bien une discussion ? Clairement non et c’est justement ça qui me déplaît : il m’a invité à discuter de l’UPR, pas à recevoir une leçon de choses en sa qualité d’expert de la communication.

Tout au long de la discussion, même lorsqu’il essaye de faire preuve de bienveillance, il reste dans ce postulat de départ. Par exemple lorsqu’il dit que c’est vrai que ceux qui adhèrent deviennent des « grands fans de l’UPR ». Là aussi j’étais trop placé en posture défensive pour avoir le réflexe de réagir, mais non ! On est pas des « grands fans », on est des militants convaincus et motivés. On agit par conviction, pas parce qu’on serait sublimés par le charisme d’un gourou. Il ne s’agit pas de supporter une équipe de foot, il s’agit de s’impliquer en politique, il y a tout de même une différence entre la conviction politique et le fanatisme. Là aussi il projette sa propre vision des militants UPR sur moi, il n’est pas dans l’écoute pour essayer de comprendre ma position, il considère qu’il la comprend déjà mieux que moi-même et se place dans le rôle de l’enseignant : la possibilité même que les difficultés de communication soient extérieures a l’UPR est totalement exclue dès le départ.

Et par la suite il a même un certain culot quand je le lui dis que sa compréhension de l’union européenne est erronée, comme quoi ça serait moi qui prétend (encore) avoir la vérité et être incapable de lui donner raison. Dès le départ il pose que je suis psychorigide, du coup je n’ai tout simplement plus le droit d’être en désaccord avec lui sur rien sinon j’en fourni la preuve (c’est la technique de l’empoisonnement du puits dont je parlais plus haut, mais je pense qu’il ne le fait pas consciemment il n’a même pas du s’en rendre compte). Là aussi j’ai pas su/pu répondre, mais c’est faux. Contrairement à lui j’ai pas dit « t’as rien compris, t’es nul », j’ai dit très exactement « ton idée de l’Union Européenne est erronée ». C’est une critique de fond, pas une critique Ad Hominem : je cible un point de dissension sur la nature de l’union européenne et je lui propose ma définition car je crois comprendre que la sienne est erronée. Alors bien sûr peut-être que c’est en fait moi qui me trompe sur ça, mais justement je lui tendais la perche pour le démontrer : il aurait suffit d’écouter ce que j’avais à en dire et me rectifier ensuite avec une autre définition (supposément plus juste) de l’union européenne, qui aurait été cohérente avec la position qu’il défendait. Au lieu de ça il a coupé court au débat en disant que voilà ! C’était la preuve que j’étais borné et psychorigide, que j’avais la prétention de tout comprendre et que j’accusais les autres d’être incultes au lieu de discuter… ce qui pour le coup est de l’argumentation Ad Hominem à l’état brut, alors même qu’il se pavanait dans un même temps de ne pas s’y rabaisser. Au final on ne sait toujours pas ce qu’est sa vision de l’Union Européenne (sinon qu’elle est pas-la-mienne) ni pourquoi c’est pertinent d’en défendre le principe au lieu de la quitter. La encore je me retrouve à devoir me justifier des défauts de ma personne dont il m’accuse, au lieu de discuter et clarifier chacun notre compréhension de la situation politique.

Je suis ressorti épuisé et vraiment pas bien de cette discussion, j’en ai très mal dormi et j’étais encore très mal ce matin, j’avais commencé à revoir la vidéo en prenant des notes pour essayer de comprendre pourquoi je l’avais ressenti aussi violemment. Et plus j’ai avancé là dedans plus je me suis révolté de la manière dont il avait conduit la discussion et je me suis senti trahis. Mais entre temps le débat à tourné court car Ernesto a choisi de supprimer la vidéo après que quelques uns de ses proches lui aient dit qu’ils ont eux aussi trouvé qu’il avait été très agressif. Dans l’absolu je n’approuve pas le procédé , je pense que censurer une vidéo ne règle rien, mais je ne vais pas mentir : depuis qu’il a fait je me sens soulagé, donc mon instinct a semble-t-il tranché la question pour moi et approuve cette suppression, alors je ne la conteste pas, je pense que c’était préférable pour nous deux. Mais du coup je reste aussi frustré parce que j’avais besoin de clarifier dans mon esprit ce qu’il s’était passé pour mieux encaisser le truc. Je déteste ressentir ce genre de tourments sans parvenir à m’expliquer pourquoi, c’est là qu’on y est le plus vulnérable. Je n’ai donc plus accès à la vidéo mais de mémoire il y avait bien d’autres points qui m’avaient marqués, comme le fait qu’il me reproche de toujours revenir sur Mélenchon, comme si je faisais une fixette là dessus et que j’étais tellement incapable d’argumenter pour l’UPR que je me réduisait à argumenter contre Mélenchon… et moi comme un con je m’en excuse en plus ! Alors qu’en réécoutant la vidéo je réalise clairement que c’est lui (et non pas moi) qui a ramené systématiquement ce sujet sur le tapis en parlant de « 6eme république » : Un seul candidat propose cette 6ème république, c’est Mélenchon ; je venais de lui faire admettre que pour que cette 6eme république entre en vigueur il fallait déjà avoir obtenu le pouvoir politique et que le seul moyen de le faire sûrement et pacifiquement était par l’élection. A partir de là, la question devennait forcément « pourquoi la proposition de l’UPR serait plus valable que celle de Mélenchon ? », alors comment je suis sensé y répondre sans citer Mélenchon ?! C’est pas moi qui revenait là dessus, c’était bien lui ! C’est vraiment abusé de sa part de faire le coup du mec que j’aurais obligé à défendre le programme de Mélenchon alors que c’est lui qui a lancé le sujet de la 6eme république et qui est revenu constamment dessus à chaque fois que j’essayais d’expliquer la question de l’Union Européenne.

Idem lorsqu’il me reproche de faire de l’Ad Hominem au sujet de Mélenchon : Je ne faisais PAS d’attaque Ad Hominem ! J’étais en train d’attaquer la démarche, la stratégie de communication de Mélenchon, pas sa personne. J’ai pas dis que c’était une ordure et qu’il mangeait des chatons, j’ai dis qu’il suffisait de l’écouter pour voir qu’il faisait du théâtre, qu’il jouait un jeu. Alors qu’Asselineau ; lui, ne joue pas de jeu puisqu’il s’agissait de comparer la proposition de l’UPR à celle de la 6ème république. C’est quand même pertinent la démarche d’un candidat, ça témoigne de la conformité entre ses actes et ses paroles, et ici ça démarquait une différence fondamentale entre un Mélenchon qui se laisse diriger par le système (supposément par fatalité) pour promettre de le détruire de l’intérieur une fois qu’on l’aura fait accéder aux plus hautes instances ; et un Asselineau qui avance à contre-courant, fidèle à ses engagements, et fait quotidiennement la démonstration de la sincérité de sa proposition en abordant la voie politique la plus difficile, celle là même que Mélenchon trouve impossible et qui justifie qu’il use d’artifices du discours.

« Écoutez les paroles mais regardez les actes » (Confucius). C’est ça qu’Ernesto refusait d’entendre d’un bout à l’autre. Non content de refuser de voir les actes il refuse également d’écouter les paroles, puisqu’à chaque fois que j’ai voulu lui expliquer pourquoi la proposition de Mélenchon ne tenait pas la route, il a pris le public à témoin pour s’excuser que je « l’oblige à faire de la petite politique de bas niveau » et m’a accusé de tout ramener à Mélenchon comme un névrosé obsessionnel. Là encore j’ai aussi ma part de tort pour n’avoir pas su répondre comme j’aurais dû, mais une fois de plus j’étais obligé de me justifier de défauts de ma personne au lieu de pouvoir expliquer le fond de ma pensée. Ce que je voulais répondre c’est que la démarche de l’UPR est d’après moi la seule valide car cette 6ème république qu’il défendait, j’étais pas contre, mais comme je l’avais expliqué elle suppose d’abord d’avoir le pouvoir politique. Donc de faire élire Mélenchon qui est le seul à la proposer, il y a donc bien la question du choix du candidat pour lequel voter. Or ce qu’il se passe dans ce cas de figure c’est que si nous sommes une majorité à vouloir un changement, nous ne le sommes que parce que nous sommes une multitude de minorités à vouloir un certain changement.

C’est exactement en cela que nous sommes divisés : on veut tous que ça change, mais on ne veut pas que ça change pareil. Certains veulent une 6eme république, d’autres une monarchie, d’autres veulent l’anarchie… Et séparément, aucune de ces proposition ne fait la majorité (probablement qu’elle ne la fera jamais en l’absence d’un débat équitable d’ailleurs). Ceux qui sont pour la monarchie sont par définition contre la 6eme république ; ceux qui sont pour l’anarchisme sont à l’évidence contre la monarchie etc. etc. Elle est là la division du peuple, c’est ça que j’essayais d’expliquer mais qu’Ernesto ne m’a pas laissé faire. Supposons, pour simplifier, qu’on ait 25% pour la monarchie ; 25% pour la 6eme ; 25% pour l’anarchie et 25% pour ne rien changer. Ce qu’on voit c’est quelle que soit la proposition de changement qui passe au second tour, elle obtient contre elle 75% de l’électorat. C’est en ça que l’UPR est fondamentalement différent des autres propositions : elle propose un changement dans lequel on récupère le droit de débattre et décider de ce qu’on veut, ce qui fait que quel que soit le changement dont on veut, l’UPR peut être une première étape qui permette de l’obtenir. Dès lors on n’a pas 75% contre l’UPR mais bien 75% pour, car tous ceux qui veulent d’un changement peuvent trouver leur compte dans l’élection de l’UPR. Voilà pourquoi je considère que l’UPR est le seul parti qui permette d’obtenir un changement, c’est de ça que j’aurais aimé qu’on discute au lieu de faire ma psychanalyse.

Contrairement à ce qu’il affirmait en se dispensant de toute forme de démonstration, l’UPR n’est pas une proposition « parmi d’autres », elle est une proposition ontologiquement différente : la nature même de son projet est toute autre que n’importe quel parti politique existant. C’est pourquoi c’est la seule qui ait le potentiel réel de provoquer un changement et d’éviter un conflit social majeur, car elle est permet de rassembler une majorité de tous les français au delà de leurs divisions pour restaurer la démocratie, là où les autres partis non seulement tentent de faire la majorité parmi des minorités seulement (qui est une stratégie dont on sait qu’elle ne marche pas puisqu’on le constate depuis des décennies) mais en plus ne règlent même pas cette question fondamentale de l’Union Européenne, ce qui rend la totalité de leur programme factice même dans l’éventualité où ils seraient élus. Ça aussi c’est un truc que j’essayais d’expliquer et je crois que c’est là que c’est vraiment parti en sucette : il n’y a pas de démocratie possible dans le cadre de l’UE et il est impossible d’en changer. Ernesto m’a reproché, encore, d’être dogmatique sur ce point en prétendant connaître à l’avance le résultat des négociations. Mais là encore il ne m’a pas donné l’occasion de m’expliquer : dès que j’ai mentionné l’article 48 du TUE il a éclaté de rire comme quoi « le droit on s’en fout » (on y reviendra) et que lui (tellement il avait tout compris mieux que moi) avait eu cette idée géniale de se garder ouvertes toutes les possibilités en s’autorisant à négocier, puis de quitter l’Union Européenne seulement en dernier recours. Alors que moi comme un con je propose de sortir sans rien négocier ! Bah oui dites donc, j’y avais jamais pensé ! « Négocier + sortir » ça fait 2 alors que « sortir » ça fait un ! Putain je savais que j’aurais pas dû sécher les maths ! Comment je suis passé à coté de ça ! C’est une autre question que j’ai pas su/pu lui poser : supposons, comme il le défend, que le droit ne vaut rien et que c’est le rapport de force qui compte ; supposons aussi que la France dispose de ces bonnes grosses couilles bien poilues à plaquer sur la table comme il promet que ça se fera ; et puis merde : supposons même que le monstre de spaghetti volant descende du ciel et fasse que tout ce que nous exigerons dans ces négociations on l’obtienne ! En bref, supposons qu’il n’existe absolument aucune obstacle à cette « négociation », qu’est-ce qu’on peut espérer obtenir de ces négociations ; et surtout est-ce que c’est préférable à simplement sortir ?

La réponse il l’a tout de même donnée sans que j’ai pu poser la question : ce qu’on obtiendrait c’est que la France parvienne à imposer aux autres une Europe qui soit taillée à sa mesure (qu’il justifiait par une opposition historique dont on suppose qu’elle autorise la France à dominer l’Europe). C’est à dire qu’on récupérerait la liberté de faire la politique qu’on veut en France (exactement comme si on sortait de l’UE) mais que pour cela on devrait imposer cette politique à tous les autres (et c’est bien le terme, même s’il danse les claquettes autour de ça). Alors que par la sortie, ils seraient entièrement libres de décider pour eux-mêmes (enfin à supposer qu’ils sortent aussi mais ça les regarde) de la même manière que nous pourrions décider pour nous-mêmes. En bref, il a tout simplement tort : la sortie n’est pas le dernier recours, elle est la meilleure solution, cette négociation est totalement inutile car le meilleur qu’on puisse en espérer est toujours moins bon que la simple sortie.

A ce stade je pense que la conversation a tourné mal pour lui bien plus que pour moi parce que, malgré le terrain hostile et les nombreuses erreurs et mauvaises réponses que j’ai fait, je me suis pas laissé faire non plus. J’ai pu faire avancer péniblement la discussion en démontrant successivement que :

-Si il veut cette 6eme république dont il parle, il faut d’abord obtenir le pouvoir politique ;

-S’il veut l’obtenir il faut voter pour un candidat qui permet de réunir une majorité et non pas de gonfler une minorité.

-Et pour que ces deux précédentes étapes soient utiles il faut que le candidat propose de régler la question de la souveraineté de manière réaliste et responsable.

Et je pense que là il s’est trouvé emmerdé, parce que du coup ça laisse pas des masses de place à autre chose que ce que moi je défend, à savoir le programme de l’UPR. Du coup il a commencé à perdre patience et à partir dans une tirade métaphysique sur la légitimité du droit. Moi à ce stade j’ai décroché et j’essayais juste de le suivre en essayant de comprendre où il voulait en venir avec cette histoire de rapport de force. Il est parti sur une explication comme quoi le droit ne vaut rien, que seuls les rapports de force comptent et que le droit n’est rien d’autre qu’une cristallisation de ces rapports de force. Moi j’ai mollement posé des question pour faire avancer le débat, mais sincèrement je n’en attendais rien, j’essayais juste d’accélérer les choses pour qu’on arrive à une question pertinente.

Quand j’ai revu la discussion je me rend compte à quel point c’était mauvais comme passage, mais surtout à quel point que ça pouvait pas en être autrement. Je rappelle en passant que je suis en master de philosophie, j’ai un diplôme sur ce sujet. Est-ce que j’avais des truc à dire sur la question du fondement du droit ? Bien sur que oui ! J’ai rédigé des dissertations là dessus tout au long des 4 dernières années. Mais pas en quelques minutes dans une discussion ou je suis constamment interrompu. J’ai bien essayé de caser du Hobbes et de l’auto-contradiction de la notion de liberté, mais j’ai pas pu aller bien loin car ça prend tout simplement trop de temps. J’ai réussi à caser que sans le droit on se retrouve à ce que Hobbes appelait « l’état de nature » : tout le monde à tous les droits sur toutes les choses, donc personne n’a finalement aucun droit sur rien. Avoir des droits c’est avant tout renoncer à certains de nos droits sur certaines choses en échange des autres qu’ils en fassent de même. Là il m’a coupé pour parler de la thèse rousseauiste sur l’état de nature, qui serait en fait le communisme, du coup j’ai pas pu finir. Mais là ou je voulais en venir c’est que c’est en ça que le droit est le fondement de la civilisation : sans droit on en retourne à l’état de nature, il n’y a plus de liberté car tout le monde à tous les droits sur toutes les choses. Donc renoncer au droit c’est avant tout renoncer à ses droits, voilà pourquoi je n’étais pas d’accord avec sa position comme quoi « on s’en bat la race du droit » et sur quoi j’aurai préféré qu’on discute, pour voir en quoi lui considérait qu’il puisse y avoir de la civilisation sans droit.

Je ne demandais que ça de comprendre sa vision des choses, mais il était tellement occupé à affirmer que seul le rapport de force comptait, comme si la répétition rendait un argument plus valide, que j’ai pas pu lui poser tout un tas de questions : Si le droit ne compte pour rien alors pourquoi vouloir en changer ? Pourquoi on le subit ? Parce que le rapport de force décide du droit et qu’on ne l’a pas ? Dans ce cas pourquoi vouloir changer le droit puisqu’on n’a pas le rapport de force ? Comment on peut user du rapport de force pour faire tourner le droit à notre avantage alors même qu’il pose qu’on a ce droit là du fait qu’on ne dispose pas du rapport de force ? En quoi instaurer une 6ème république changerait quoi que ce soit, puisque de toute façon le droit ne sert à rien et a on déjà le rapport de force contre nous ? Si instaurer la 6eme république est une solution, il faut bien que le droit prévale sur le rapport de force non ? En bref il s’est complètement enlisé dans cette idée selon laquelle seul le rapport de force comptait et qu’il faudrait renverser ce rapport de force à notre avantage. Jusqu’à un certain degré je le suis en plus, à part que comme moi je ne rejette pas le droit ça me permet de considérer que faire élire l’UPR rétablirait, grâce au contrôle du droit, le rapport de force à notre faveur. C’est ça qu’on veut faire au final : utiliser les élections pour obtenir le pouvoir politique ;redonner à la France sa souveraineté et sa démocratie ; et ainsi inverser le rapport de force entre le peuple et l’oligarchie : c’est au peuple de décider des lois de son pays, pas à une poignée de milliardaires. Seulement comme lui rejetait jusqu’au droit lui-même et en prime refusait de revenir sur son idée que sortir de l’Europe serait pire que « renégocier », il en est carrément arrivé à conclure que la meilleure solution ça serait que la France domine toute l’Europe en prenant contrôle de l’union européenne et réduise ainsi les autres pays à l’état de colonies françaises, qui seraient écrasées sous le poids de nos immenses couilles poilues pour permettre… bah… du coup je sais pas, puisqu’il n’a jamais développé sa vision de l’Union Européenne et pourquoi c’est utile de la maintenir. Mais c’est sûrement moi qui ait pas voulu l’entendre parce que j’étais trop psychorigide.

Là j’ai perdu patience moi aussi, parce que ça devenait n’importe quoi et ça contredisait jusqu’à sa prétention première d’être de gauche ou démocrate. Je pense qu’il était juste tellement empêtré dans son objectif de m’apprendre pourquoi j’avais tort qu’il s’est retrouvé à essayer de justifier son raisonnement quitte à arriver à une position complètement déjantée comme quoi ce qu’il nous faut en fait c’est un nouveau napoléon. Je pense que même lui ne pense pas ce qu’il a dit et qu’il ne s’est même pas rendu compte de ce qu’il disait parce que je le connais assez bien, c’est un mec pacifiste, humaniste, pas du tout le genre à défendre une idéologie belliciste comme celle-là. C’est pourquoi j’ai insisté sur les conséquences en cas de refus d’obtempérer de la part des autres pays : on pose nos couilles sur la table, l’Allemagne les refuse et y oppose les nichons de Merkel (j’imagine que c’est comme ça qu’on « négocie », mais j’y connais rien il paraît), à parti de là on fait quoi ? Ce à quoi il a répondu « il se passera ce qu’il se passera », j’en ai conclu qu’il voulait dire « la guerre ». Alors il s’en est offusqué comme quoi il a absolument pas dit ça, mais j’attends toujours qu’on m’explique ce que ça pourrait possiblement être d’autre, puisque de son propre aveu la guerre économique on y est déjà, en quoi d’autre ça pourrait possiblement dégénérer sinon en guerre militaire ?

Je pense qu’en réalité je l’avais malgré moi repoussé dans ses retranchements et qu’il en arrivait à ne même plus savoir ce qu’il disait. Le pire c’est qu’a aucun moment je voulais en arrive à ça : depuis le départ j’attendais une discussion, au lieu de ça je me suis retrouvé limite dans un procès et ça a viré au débat politique, ou plutôt au dialogue de sourd. C’est pourquoi à la fin j’en ai eu marre, j’ai coupé court à la discussion en disant que je voulais qu’on arrête de se fritter sur ce qui nous divise et qu’on parle de ce qui nous met d’accord. Ce qui m’a au moins permis d’exposer brièvement pourquoi je considérais que pour atteindre une concorde des nations (donc une société meilleure pour tous), ça devait passer par des coopérations mutuellement équitables entre les pays dans le plein respect de la souveraineté de chacun ; pas au travers d’une institution supra-nationale anti-démocratique dont on supposerait qu’elle « moulerait » les citoyens à être tous pareil, donc unis. Si j’avais pu j’aurais bien aimé développer l’idée de transition entre des rapports de compétition et des rapports de coopération, qui est au cœur de mes vidéos et mes écrits, mais à ce stade je ne me faisait plus d’illusions sur la « conversation ».

Je pense que lui aussi a très mal vécu cette discussion au final, parce que même si c’est lui « l’agresseur » au sens ou c’est lui qui a posé un terrain hostile, la discussion n’a vraiment pas tourné à son avantage et d’ailleurs les commentaires l’ont largement confirmé. Du coup ça nous a coûté beaucoup d’énergie à tous les deux au lieu de nous apporter quoi que ce soit de positif et ça me fait chier parce que j’espérais vraiment le contraire, bel exemple justement de l’énergie qu’on peut gaspiller dans la compétition alors qu’on aurait pu faire tellement mieux dans la coopération. Il a finalement supprimé la vidéo (suite aux retours négatifs) et l’a fait en disant que c’était pour moi, parce qu’il avait été méchant d’après ce qu’on lui en disait et qu’il voulait pas me faire de mal en gros. Mais je pense plutôt qu’il n’était pas satisfait lui-même de cette discussion et n’était probablement pas très chaud pour assumer cette histoire de « France aux grosses couilles qui serait historiquement justifiée à imposer sa volonté aux autres et que sinon c’est la guerre (ou pas, mais en tout cas il se passera des trucs) ». Comme je l’ai dit je lui en veux pas de l’avoir supprimée, je m’en sens soulagé et j’espère au moins que c’est aussi son cas. Il ne veut plus entendre parler de refaire ce débat et j’avoue que moi non plus je suis pas du tout chaud pour le refaire, parce que nerveusement ça m’a épuisé et c’était vraiment violent comme expérience.

Il se vante à présent qu’au moins il s’est donné la peine d’ouvrir la discussion aux militants UPR mais je suis pas d’accord, c’était pas une discussion. Force est de constater que sur ce sujet il n’est simplement pas prêt à discuter (pas même à débattre d’ailleurs) et ce qui m’énerve c’est qu’il semble à ce point ne pas s’en rendre compte. Pour lui tout s’est bien passé, c’était une discussion un peu mouvementée, mais équitable. On était juste deux opinions différentes et on n’arrivait pas à se mettre d’accord, ça fait partie du jeu. Et je ne doute pas qu’il le pense vraiment, à aucun moment je pense qu’il n’a été mal intentionné. Sa seule erreur finalement est humaine : il a cru pouvoir mener le débat de manière neutre alors qu’il ne se rendait pas compte d’à quel point il est partial et bourré de préjugés, ça aurait du le disqualifier d’organiser de la discussion mais j’imagine qu’il a juste été trop fier pour douter de sa capacité à rester neutre. Je pense qu’il ne se foutait pas de ma gueule quand il disait que ça serait une simple discussion entre potes, c’était sa véritable intention, il a juste complètement sur-estimé sa capacité à rester neutre lui-même dans un débat dans lequel, à l’évidence, il était beaucoup trop impliqué émotionnellement. Il aurait fallu s’organiser pour en discuter en présence d’un « arbitre » pour définir le thème et donner la parole de sorte à ce que chacun puisse s’exprimer. Si j’avais su à l’avance comment ça allait se passer j’aurais posé cette condition, mais moi je m’attendais à une discussion pas à un débat et encore moins à un procès. C’est pour ça que j’ai ressenti une violence pareille de sa part : j’étais pas du tout dans cette optique là, j’étais venu en ami pas en guerrier. C’est comme si je m’étais préparé pour une soirée pyjama et que d’un coup on m’avait lâché dans une arène de gladiateurs… Pourtant ceux qui me connaissent savent que j’ai aucun mal à débattre (j’ai même pas mal de PLS au compteur), j’aurais pu lui rentrer dans le lard si j’en avais eu envie, j’ai une réputation pour ça. Mais j’étais pas là pour ça, j’étais là pour discuter avec lui pas pour me battre. C’est pour ça que je reste aussi gentil tout au long, j’avais pas envie d’aller à la confrontation, ça m’intéressait pas. Il le savait puisqu’on en avait parlé juste avant et qu’il m’a confirmé que ça serait une discussion amicale, mais je pense qu’il s’est pas rendu compte d’à quel point il était dès le départ dans une posture agressive, il avait sans doute envie que ça soit une discussion, mais il n’était pas capable d’en tenir une vu comment le sujet lui tenait à cœur. Du coup bah on en sort tous les deux épuisés, la vidéo est supprimée et aucun de nous n’a envie de retenter l’expérience. C’est quand même dommage… mais je cherche encore la leçon qu’on peut en tirer.

3 commentaires pour “A propos de la discussion avec Ernesto.”

  1. trompée d’adresse mail

  2. Je te trouve bien calme et indulgent à l’égard d’Ernesto.
    Pour ma part je constate que lors de ces « débats », il adopte toujours la même posture incisive et pernicieuse qui me semble assez clairement être bien consciente afin de déboussoler la personne en face.
    Quasi à chaque fois le même procédé visant à vriller le débat sur une rhétorique plus ou moins bancale pour décrédibiliser le discours des invités; et en fin de compte sans jamais avancer d’argument bien précis; il te retourne le cerveau juste sur une définition ou sur un postulat de base qui correspond pas avec sa vision et paf..
    Regarde la vidéo sur le confusionnisme par exemple il est tout simplement insupportable, c’est impossible de dialoguer avec ce mec.

  3. « absence de communication » « isolation » « psychorigides »

    La description qu’il fait du militant UPR, c’est de lui-même dont il parle !

    PS : Je ne suis pas militant UPR, je ne connaissais même pas le penseur sauvage.

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