La passion est une bête sauvage.

La passion est une bête sauvage qui rôde en chacun de nous et dont plus on essaye d’en ignorer la présence plus on est en fait en train de la fuir et de lui laisser du territoire dans l’ombre. Si on ne prend pas le temps de l’observer, de la connaitre, de comprendre comment elle fonctionne et comment anticiper ses réactions, mais aussi connaître ses besoins et ce qu’elle ne tolère pas ; alors on en fait une furie incontrôlable qui tout au long de notre vie sera en travers de notre chemin, qui nous empêchera de progresser sereinement et qui nous fera vivre dans la peur constante de l’affronter. On s’enfermera dans notre bulle de confort (là où elle reste paisible) et on renforcera nos erreurs et nos croyances à sa demande parce qu’on aura spolié cette passion en l’accoutumant à toujours avoir ce qu’elle demandait dès qu’elle le demandait. Si bien que, comme un enfant gâté, elle ne tolère plus à la longue la moindre frustration, la moindre insoumission à son dictat et encore moins la moindre contradiction. Elle est partout, tout le temps, elle exige, elle crise et elle prend ce qu’elle veut sans demander la permission et explose de rage si on a seulement l’idée d’y objecter, parfois même elle prend juste pour le plaisir de prendre et sans nécessité d’obtenir.

Mais si au lieu de la craindre on accepte son existence et on apprend à se familiariser avec elle, alors on ne peut certes pas la domestiquer car elle est sauvage, mais on peut tout de même l’apprivoiser : supprimer la distance et l’opposition entre elle et nous. On peut apprendre à l’apprécier, à la satisfaire quand il le faut mais aussi à lui refuser ce qu’elle demande quand elle est dans l’excès et l’éduquer à vivre avec nous plutôt qu’à nos dépends. Si bien qu’à force elle devienne un ami et non pas une menace oppressante et envahissante, de laquelle on chercherait à s’abriter alors que nous ne pouvons pas la fuir, seulement nous y soumettre. Alors on peut trouver un équilibre : accepter notre part sauvage, nos attirances comme nos craintes et les apprécier pour ce qu’elles sont, mêmes imparfaites. N’être ni dans la détestation de sa passion que l’on chercherait à matter par une violence parfois brutale envers soi-même, ni dans sa contemplation soumise en cédant au moindre de ses caprices parce qu’on n’a jamais osé la regarder en face et qu’en le faisant on a pris peur d’elle. C’est seulement là que la passion peut devenir un allié et non plus un ennemi et qu’elle nous suivra fidèlement partout pour nous assister au lieu de nous dicter notre comportement sous la menace de nous dévorer.

Si nous renonçons à notre raison, nous entrons en conflit avec notre passion, on ne peut plus dès lors que choisir entre se soumettre à elle ou la soumettre à nous. La raison est indispensable pour faire de la passion une force utile. Il ne s’agit pas de choisir entre l’un ou l’autre, ni même de trouver un compromis entre les deux. Il s’agit de faire travailler l’un et l’autre de concert, en coopération et non pas en concurrence. C’est la passion qui alimente le mouvement, mais c’est la raison qui le guide : sans la passion nous sommes sans vie (que ce soit au sens propre ou figuré), mais sans la raison on ne se dirige nul part et on se perd dans la brume de l’arbitraire. La raison est précisément ce qui donne du sens à la passion, c’est grâce à elle que l’on comprend pourquoi nous ressentons ce que nous ressentons, pourquoi ça peut nous être utile ou simplement agréable de le ressentir, ou à l’inverse pourquoi il n’y a aucune bonne raison de le ressentir comme on le ressent et s’éviter de tomber dans le piège de l’un de nos mécanismes cognitifs. Il n’y a aucune antinomie entre la raison et la passion lorsqu’on est en paix avec soi-même.

Laissez un commentaire

Copyright © 2018 Penseur sauvage
Blog propulsé par WordPress et conçu par Penseur sauvage
Articles (RSS) et Commentaires (RSS). 34 requêtes. 0,209 secondes.