Sur le mythe de l’Europe Sociale

Ma réponse est adressée au commentaire suivant :

« Je ne suis pas Mélenchoniste, et je pense qu’il est normal que la Constitution exige le respect des traités. Mais force de constater que l’état actuel des traités mène immanquablement l’Europe à la division et à l’explosion. La concurrence libre, mais faussée par des normes sociales très différentes dont la convergence est actuellement exclue, exacerbe les tensions intra-européennes et conduisent certains pays à affronter une radicalisation d’extrême droite de plus en plus forte. En même temps, l’ouverture des frontières et les normalisations européennes ont aussi été très bénéfiques, permettant à nos industries d’exporter, et à nous, consommateurs, d’importer. Encore faudrait-t-il veiller à ce que les balances commerciales soient pour le moins équilibrées.
Les intérêts des pays Européens peuvent converger, ou du moins trouver dans les traités une situation d’équilibre, avec par exemple la mise en place d’un serpent social européen à l’image du SME des années 80.
La divergence entre Penseur Sauvage et moi est je pense sur le point suivant. Il me semble qu’il raisonne en terme de pays ou de nation, qui auraient des poids, des intérêts, des exigences différentes et irréconciliables. Je pense au contraire que les intérêts des travailleurs polonais détachés en France sont identiques aux intérêts des travailleurs Français : ils souhaitent tous bénéficier d’une protection sociale généreuse. Je soutiens mon point de vue en soulignant le fait que quand bien même l’intérêt de l’emploi en France exigerait la généralisation du salaire minimum en Allemagne, pour autant, aucun représentant français à Bruxelles ne l’a jamais demandé. En fait, ce ne sont pas les pays qui sont en conflit, mais tout simplement les bonnes vieilles classes sociales des possédants et des salariés…
Au bout du compte, on en arrive au choix politique. Faut-t-il tenter de négocier et « casser la vaisselle à Bruxelles  » comme disait Montebourg, ou faut-t-il tout simplement abandonner le projet Européen. Ce point précis relève de l’opinion de chacun. »

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« En même temps, l’ouverture des frontières et les normalisations européennes ont aussi été très bénéfiques, permettant à nos industries d’exporter… »

Faux, si l’exportation progresse c’est parce que j’ai planté des slips dans mon jardin. tu me crois pas ? C’est parce que c’est un sophisme appelé « post hoc ergo propter hoc » (à la suite de, donc en conséquence de). C’est pas parce que deux phénomènes sont proches qu’ils sont corrélés, en témoigne les statistiques de l’INSEE qui disent, je cite : « Les exportations de la France ralentissent en 2012, progressant de 2,4 % en volume, après + 5,4 % en 2011 : elles reculent à destination des pays de la zone euro à cause de la faiblesse de la demande dans ces pays, mais sont dynamiques vers le reste du monde« . Aucun lien avec l’ouverture des frontières donc, la corrélation avec ce facteur là est négative car… (réponse suivante)

« …et à nous, consommateurs, d’importer »

…Car nous importons, comme eux, depuis la chine (et autres pays tiers) et non pas l’Europe. Or importer ses marchandises ce n’est pas les produire donc ça se traduit par une augmentation (très nette) du chômage. Alors on pourrait dire que c’est une conséquence provisoire, que ca permet aux pays tiers d’améliorer leur niveau de vie, sauf que non : la mondialisation (ou en l’occurrence l’article 63 du TFUE) permet aux industriels de délocaliser leur production là où ils peuvent exploiter une main oeuvre à bas coût, ce qui fait qu’on est en train d’organiser un apartheid planétaire dans lequel les populations des pays pauvres sont exploitées par les industriels des pays riches.

Or quand on fait travailler des gens c’est pas pour les enrichir eux, c’est pour tirer un bénéfice de leur travail (très large en l’occurence), résultat : non seulement l’écart se creuse entre pays pauvres et pays riches, puisque ces premiers sont exploités au bénéfice de ces derniers ; mais aussi entre les populations pauvres et les polupations très riches chez nous, puisqu’on délocalise l’emploi ici pour mieux exploiter là bas. C’est un modèle économique qui maximise la paupérisation et ne peut aboutir à terme qu’à une crise mondiale particulièrement violente. Je ne te l’apprend d’ailleurs pas : c’est précisément le point de plus brillant de la critique marxiste du capital qui nous l’apprend.

« Il me semble qu’il raisonne en terme de pays ou de nation, qui auraient des poids, des intérêts, des exigences différentes et irréconciliables. »

Non, ça c’est mon constat de départ, qui est un fait (que ça plaise ou non). Mon raisonnement c’est « partant de là, comment on peut parvenir à une concorde des nations », c’est à dire conserver chacun sa souverainneté politique et économique, mais œuvrer ensemble dans la collaboration vers des objectifs communs à l’humanité, comme l’accès à l’éducation, l’accès aux soins, l’écologie, la paix civile et militaire, la recherche etc.

« Je pense au contraire que les intérêts des travailleurs polonais détachés en France sont identiques aux intérêts des travailleurs Français : ils souhaitent tous bénéficier d’une protection sociale généreuse. »

J’en conviens, mais tu constatera que les traités (particulièrement l’article 121 qui soumet notre politique économique aux GOPE définis par la commission européenne) ne permettent pas d’y parvenir puisqu’ils autorisent justement à employer ces travailleurs détachés aux charges sociales de leur pays d’origine, c’est à dire qu’ils coûtent deux fois moins à un employeur qu’un travailleur français (donc : paupérisation à deux voies). La solution serait donc de sortir de l’Union Européenne et de passer avec la Pologne un traité qui autorise les travailleurs polonais à venir travailler en France, mais au salaire ET aux charges sociales françaises. Alors du coup il y aurait peu d’intérêt à les employer c’est vrai (sauf besoin urgent de main d’œuvre), mais c’est tout simplement parce que la solution ne se trouve pas là, il faut permettre à la Pologne de rehausser son niveau social et la France peut y contribuer de deux moyens :

-Premièrement en donnant l’exemple (plutôt que des leçons) et en démontrant qu’avoir une population bien rémunérée dynamise l’économie, donc qu’ils ont tout à gagner à suivre cette voie.

-Deuxièmement par la voie diplomatique, c’est à dire inclure dans les négociations de traités mutuellement avantageux entre le France et la Pologne, la condition qu’ils fassent un effort sur la rémunération de leurs salariés.

« Je soutiens mon point de vue en soulignant le fait que quand bien même l’intérêt de l’emploi en France exigerait la généralisation du salaire minimum en Allemagne, pour autant, aucun représentant français à Bruxelles ne l’a jamais demandé. »

C’est exact mais tu en rates la raison car tu refuses de voir la réalité en face je pense : il y a en fait deux solution pour harmoniser le taux de chômage entre le France et l’Allemagne. La première c’est comme tu l’as dit d’instaurer un SMIC en Allemagne ; la seconde… c’est de supprimer le SMIC en France. Si Bruxelles ne défend pas la première c’est parce qu’elle défend la seconde, c’est d’ailleurs écrit noir sur blanc dans les recommandations du conseil dont je t’ai déjà fait part.

« En fait, ce ne sont pas les pays qui sont en conflit, mais tout simplement les bonnes vieilles classes sociales des possédants et des salariés… »

EXACTEMENT ! Et dès lors, pourquoi la construction européenne, sensée maintenir la paix ? L’époque des conflits entre nation est dépassée, on est au 21ème siècle, on a la bombe atomique et internet, les rapports entre nations n’ont plus rien à voir avec le siècle dernier. Il n’y a pas de risque de conflit entre les nations, la guerre se joue entre les classes au travers de l’économie et actuellement c’est une oligarchie de milliardaire qui, de son propre aveu, est en train de gagner la lutte des classes car elle est parvenu à instaurer un empire économique (l’UE) entièrement voué à imposer leur hégémonie et à défendre leurs intérêts exclusifs. Sortir de L’Union Européenne est bien la solution : on leur arrache des mains la souveraineté politique et économique pour la rendre au peuple et permettre ainsi une politique socialement juste. On pourra alors sereinement poursuivre l’objectif de concorde des nations et converger dans la coopération vers les grands objectifs communs de l’humanité.

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